"Une soif de voluptueuse immobilité" Le Guépard

Tout y est.
En découvrant ou retrouvant un film mythique, vous voyez en chaque image un tableau. Vous vous mordez d'ailleurs les lèvres d'avoir abdiqué votre vieux plaisir "so XXème siècle" de la projection en salle devant le confort minable d'une diffusion sur l'écran plasma qui défigure votre salon. Bien fait pour vous. Il fallait y songer avant. 

Le chic de notre billet se niche donc aujourd'hui dans les bobines des caméras. La Gazette des élégants ne porte pas une expertise audiovisuelle mais sa tribu est sensible à l'esthétique sous toutes ses formes. Alors, puisqu'il faut faire un choix, annonçons un carré de productions qui vous transporteront certainement : Le Guépard, Les duellistes, la Piscine, L'affaire Thomas Crown. Des idées de tenue, pour les hommes et pour les femmes, surgissent dans chaque plan. Au-delà, la beauté et la retenue des acteurs, des attitudes, des dialogues nous subjuguent... et nous laissent songeurs. 
Attardons-nous donc quelques secondes sur Le Guépard, ce don du dieu des esthètes cinéphiles. "Nous fûmes les guépards, les lions. Ceux qui nous remplaceront seront les chacals et les hyènes." Ainsi parlait le prince Fabrizio Corbera De Salina, dans cette période charnière du Risorgiamento. Le glas sonnait pour la classe, sous toutes ses acceptions. 
Nous plongeons avec délectation, dans cette succession de merveilleuses images où chaque accessoire, chaque bouton, chaque boucle d'oreille ou de soulier, ont été choisis pour marquer le caillou de la botte du sceau de l'élégance. "Les Siciliens ne voudront jamais s'améliorer, car ils se pensent parfaits", assène don Salina à la face du monde. Ces mêmes patriarches siciliens qui ont conquis Brooklyn et toisé de leur petite taille, gominés dans leur costume à rayures craies, noir, gris perle ou même marine, les grossiers Irlandais sans grande allure. Ne possède pas le port altier méditerranéen qui veut. 
Ce film est un bijou. Mais, à l'origine, ce chef-d'œuvre est l'unique roman de l'écrivain et aristocrate italien Giuseppe Tomasi di Lampedusa ! Comment donc ne pas être fasciné par cette fulgurance et cette puissance dans l'écriture d'un homme qui, tel le félin, file et disparaît à jamais. 

Notre conseil :
Au plus fort de nos recommandations se situe celle de traquer les vieux films des cinémas d'art et d'essai qui luttent encore pour le beau, loin des économies nauséabondes des grosses productions.
Mais, pour vous régaler rapidement lors de votre prochaine soirée en famille ou entre amis, offrez-vous de voir ou revoir L'affaire Thomas Crown dans sa version d'origine (1969). Steve Mc Queen, Faye Dunaway, l'un avec ses Persol, l'autre avec ses tailleurs coupés par la couturière des acteurs Theodora Van Runkle... What else ?

Commentaires

Articles les plus consultés