"Duel au soleil contre moi..."

Ne brisons surtout pas le pacte que nous avons conclu avec nos charmants lecteurs : si un sujet grave vient à nous, traitons-le avec légèreté. Nous ne lui demandons que de nous élever jusqu'à l'acmé du chic. 
Ainsi en est-il du duel. 

Rendu illégal, en 1626, par Richelieu qui voyait l'aristocratie française se décimer à la pointe du fleuret, l'affrontement pour laver une humiliation a entretenu sa noblesse dans l'ombre. L'honneur ne pouvait se résoudre à être désincarné, dirons-nous. Ainsi, en 1967 encore, pour un "abruti !" lancé en plein hémicycle, deux députés ont croisé le fer (photo supra). Quelle gueule ! Le combat opposa Gaston Defferre, maire de Marseille, député de gauche, et René Ribière, élu gaulliste, rayé du corps préfectoral pour avoir participé, en tenue de sous-préfet, à une manifestation du Rassemblement du peuple français. Ce dernier, insulté, lança le défi et perdit le duel "au premier sang". 

Parangon de snobisme, Sainte-Beuve n'accepta de combattre à Romainville sous une pluie automnale, le 20 septembre 1830, qu'à la condition de tirer sous un parapluie. Détendu, il poussa le bon mot d'un duel qu'il aurait aimé au soleil :
« Être tué mais pas mouillé ! »

Mais l'illustration que d'aucuns diront mythique et d'autres stylée, accordant leur regard admiratif par-delà les générations, c'est la chasse d'une vie entre deux officiers qui donna l'idée du film Les Duellistes de Ridley Scott. Comme bien souvent, la fiction n'a pu dépasser la réalité. 
Surnommé "le Démon", Fournier-Sarlovèze, officier de hussards, affronta quelque vingt fois, entre 1794 et 1813, l'officier d'infanterie Dupont de l'Étang ! Aide de camp, ce dernier corrigea le cavalier indiscipliné à Strasbourg, pour la première fois, afin de l'interdire d'un bal donné par son général. Mais ce fut étonnamment le début d'une amitié de bretteurs teintée de raffinement, d'affrontements gratuits et de bravades élégantes... 
Le hussard eut même l'idée charmante d'un règlement régissant leur mode de vie aux accents enivrants d'une virilité esthétique. Le premier article suffit à notre jouissance :

"Chaque fois que MM. Dupont et Fournier se trouveront à trente lieues de distance l'un de l'autre, ils franchiront chacun la moitié du chemin pour se rencontrer l'épée à la main. "

Notre conseil :
N'en déplaise à vos rêves les plus audacieux, le retour du duel comme moyen de claquer le museau à votre tocard de voisin de table, dans les dîners en ville, n'est dans le programme d'aucun parti politique. Alors, à défaut de proposer un combat de boxe française, optez pour deux possibilités originales bien en deçà de l'allure courageuse de nos Anciens : faîtes d'une terre battue, au petit matin, le lieu d'un tir soigneusement tendu de vos plus belles balles ou calez-vous honteusement, slippers aux pieds, robe de chambre en soie et velours serrée à la taille, foulard lâchement mis, face à cet écran qui vous propulse entre les fleurets et les pistolets des Duellistes ! Vous serez un minable au milieu des Splendides. 

             Le Duel, Eugène Chigot 



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