La canne, c'est canon !

"Quel être, pourvu d'une seule voix, a d'abord quatre jambes le matin, puis deux jambes à midi, et trois jambes le soir ?" 
En hellénistes distingués, vous aurez reconnu l'énigme du Sphinx à Œdipe, qualifiant l'Homme. La Gazette des élégants aimerait vous persuader que ce "soir", à défaut d'être le "Grand", peut même séduire les Incroyables. 

En effet, la canne, cette troisième patte, peut dessiner une silhouette avec délicatesse, pour peu qu'on sache se déplacer sans s'appuyer dessus. "Bien inutile !", me rétorquerez-vous. Il est vrai. Mais chassez de votre esprit ce concept de l'utilité, très souvent orthogonal de l'allure (se reporter à la raison d'être de notre modeste blog). 
Loin de l'appui orthopédique essentiel aux personnes âgées, la canne a longtemps été un unique accessoire de maintien élégant. Ouvragé sur son pommeau, parfois en argent, parfois d'une essence rare, sculpté d'une tête d'animal, il avait la finesse d'un roseau que l'on arborait tel un bijou. Une autre gueule que la montre, agrément souvent grossier et surtout apanage du parvenu ! 
Bref, cette canne-là doit et peut être relancée, à la faveur de vos soirées "cravate blanche". 

Mais la canne a pu être aussi un outil d'auto-défense. La technique du Bâton français, développée à l'école militaire de Joinville-le-Pont formant les cadres militaires et civils (à l'époque) d'éducation physique (ancêtre de l'actuel "bataillon de Joinville"), entre 1852 et 1939, a aidé nos coquets ancêtres à déambuler sereinement...
Cette "arme par destination", comme le qualifieraient nos experts en droit, a même marqué la petite Histoire de ses coups frappés au coin de la rébellion des enfants nostalgiques de la France monarchiste. Les "camelots du roi" de l'Action Française portaient fleur de lys et canne plombée, très souvent de facture espagnole, comme apanage de leur qualité de militant et outil discret de leur combat de rue. À la CGT ses boulons, aux zadistes leurs mortiers, aux dealers de Marseille leurs kalashnikovs, aux black blocs leurs cocktails Molotov... 
Cette vieille garde de casseurs des années 30 savait au moins regarder les forces de l'ordre dans les yeux. 

Notre conseil :
Traînez chez les antiquaires à la recherche d'une canne. Sans même oser sortir en gala avec votre bijou, vous aurez fait un achat d'élégance. Cet objet délicat trouvera sa place dans votre salon. Il sera même un cadeau original pour votre patron préféré...

                      Le Guépard (1962)

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