La guerre en dentelles
La communauté militaire, jadis à cheval sur l'esthétisme, se distingue-t-elle encore aujourd'hui dans le domaine de la coquetterie, au-delà du seul moment de parade des grandes cérémonies ? Rien n'est moins sûr. La France aime ses soldats, mais l'allure n'est plus leur apanage, depuis plus d'un demi-siècle. "À l'image de la société, Mon bon monsieur !" me direz-vous... Voui... C'est bien là notre sujet. Quelques "dinosaures" du service militaire peuvent encore raconter à leurs cadets qu'ils portaient béret informe et treillis mal taillé. Comme le fût du canon à refroidir, le guerrier mettra un certain temps à raviver les images séduisantes de ses Anciens.
Et pourtant, il n'en fut pas toujours ainsi... Avec satisfaction, le colonel Lejeune, aide de camp du général Berthier, ministre de la Guerre de Napoléon 1er, décrivait ainsi sa propre allure : "pelisse en drap noir, dolman blanc avec tresses d'or et fourrure, large pantalon et shako de drap écarlate surmonté d'une aigrette blanche en plumes de héron, [...] riche ceinture en soie noire et or, petite ceinture et sabretache, [...] superbe sabre en damas." Et les aides de camp, à cette époque, connaissaient le taux d'attrition le plus élevé de l'armée... En clair, ce n'était pas des danseuses du Bolchoï, même s'ils soignaient leur dégaîne !
De cette coquetterie ancienne dont l'exposition 2019 des Invalides "Les canons de l'élégance" avait donné un avant-goût il reste des traces. La tenue bleue (codifiée 13) des sous-officiers en est un brillant exemple (photo supra). Ceintrée, simple et de bon goût, des attentes sur les épaules, accompagnée d'un noeud papillon, elle a bêtement quitté les rangs des officiers pour laisser la place à un spencer beaucoup plus difficile à porter, sauf à maîtriser l'art consommé du black tie / white tie (nous y viendrons...).
Notre conseil : nous, dandys civils, centurions de la Légion des Incroyables et Merveilleuses, pouvons redorer le blason du vestiaire militaire ! Il suffit de piocher avec goût dans l'éventail des tenues : une veste blanche outre-mer, une M43, une veste de treillis au camouflage guerre d'Indochine, une surveste blanche de chasseur alpin, un manteau d'officier français des années 60 à double boutonnage doré, une paire de gants Saumur, un manteau d'équitation 3/4 en toile, un pull de sous-marinier de la Royal Navy, un gilet d'arme, un blouson de pilote, une chemise de la Marine française des années 60 (photo infra)... La liste est aussi longue qu'un surplus est riche et votre recherche curieuse. Une règle : une seule pièce sur vous, éventuellement un peu revisitée ; partout et toujours le "total look" est à bannir ! Ligne rouge à ne jamais franchir, au risque de joindre le ridicule à l'irrespect : ni décoration ni insigne de grade ni signe d'unité ni couvre-chef.
Commentaires
Enregistrer un commentaire